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 L'Art de la Joie de Goliarda Sapienza

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sophie
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Localisation : Marseille
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MessageSujet: L'Art de la Joie de Goliarda Sapienza   Dim 26 Fév à 18:38

L'Art de la joie est incontestablement le livre de l'année 2005.
Le bouche à oreille l'aura propulsé parmi les meilleures ventes et la multitude anonyme ne s'est pas trompée.

Dès les premières pages l'on comprend que ce livre n'est pas ordinaire.
On est dérouté, presque inquiet. Il est vrai que "L'art de la joie" bouscule.
Une enfant qui n'a rien d'innocent, une princesse qui vient du ruisseau, une femme qui vit comme un homme, une riche noble communiste: le personnage de ce roman choque l'époque et n'en a cure! Car Modesta (c'est son nom), de l'enfant déterminé a la femme résolue, n'aura de cesse de se libérer des carcans habituels. Liberté sexuelle, indépendance morale, financière, idéologique: elle veut maîtriser son destin et y sacrifiera tout.
Née avec le siècle (1900) elle prendra part à l'histoire avec la même soif de justice. Alors qu'elle s'émancipe de tous, l'homme, lui, réinventera son destin. Et à travers Modesta et sa lutte contre Mussolini et Hitler, contre le patriarcat et le machisme, c'est l'histoire du siècle qui nous est compté.
Une bien grande dame pour un bien grand livre!


Résumé:
Il était une fois une enfant, Modesta, née le 1er janvier 1900, dans un monde frustre et rapidement englouti... Non, L'Art de la joie résiste à toute présentation. Roman d'apprentissage, il foisonne d'une multitude de vies. Roman des sens et de la sensualité, il ressuscite les élans politiques qui ont crevé le XXe siècle. Ancré dans une Sicile à la fois sombre et solaire, il se tend vers l'horizon des mers et des grandes villes européennes...


extrait
« Et voyez, me voici à quatre, cinq ans traînant un bout de bois immense dans un terrain boueux. Il n'y a pas d'arbres ni de maisons autour, il n'y a que la sueur due à l'effort de traîner ce corps dur et la brûlure aiguë des paumes blessées par le bois. Je m'enfonce dans la boue jusqu'aux chevilles mais je dois tirer, je ne sais pas pourquoi, mais je dois le faire. Laissons ce premier souvenir tel qu'il est : ça ne me convient pas de faire des suppositions ou d'inventer. Je veux vous dire ce qui a été sans rien altérer.
Donc, je traînais ce bout de bois ; et après l'avoir caché ou abandonné, j'entrai dans le grand trou du mur, que ne fermait qu'un voile noir couvert de mouches. Je me trouve à présent dans l'obscurité de la chambre où l'on dormait, où l'on mangeait pain et olives, pain et oignon. On ne cuisinait que le dimanche. Ma mère, les yeux dilatés par le silence, coud dans un coin. Elle ne parle jamais, ma mère. Ou elle hurle, ou elle se tait. Ses cheveux de lourd voile noir sont couverts de mouches. Ma soeur assise par terre la fixe de deux fentes sombres ensevelies dans la graisse. Toute la vie, du moins ce que dura leur vie, elle la suivit toujours en la fixant de cette façon. Et si ma mère - chose rare - sortait, il fallait l'enfermer dans les cabinets, parce qu'elle refusait de se détacher d'elle. Et dans ces cabinets elle hurlait, elle s'arrachait les cheveux, elle se tapait la tête contre les murs jusqu'à ce qu'elle, ma mère, revienne, la prenne dans ses bras et la caresse sans rien dire.
Pendant des années je l'avais entendue hurler ainsi sans y faire attention, jusqu'au jour où, fatiguée de traîner ce bois, m'étant jetée par terre, je ressentis à l'entendre crier comme une douceur dans tout le corps. Douceur qui bientôt se transforma en frissons de plaisir, si bien que peu à peu, tous les jours je commençai à espérer que ma mère sorte pour pouvoir écouter, l'oreille à la porte des cabinets, et jouir de ces hurlements. Quand ça arrivait, je fermais les yeux et j'imaginais qu'elle se déchirait la chair, qu'elle se blessait. Et ce fut ainsi qu'en suivant mes mains poussées par les hurlements je découvris, en me touchant là d'où sort le pipi, que l'on éprouvait ainsi une jouissance plus grande qu'en mangeant le pain frais, les fruits. Ma mère disait que ma soeur Tina, "La croix que Dieu nous a justement envoyée à cause de la méchanceté de ton père", avait vingt ans ; mais elle était grande comme moi, et si grosse qu'on aurait dit, si on avait pu lui enlever la tête, la malle toujours fermée de mon grand-père : "Un damné, plus encore que son fils...", qui avait été marin. Quel métier c'était que celui de marin, je n'arrivais pas à le comprendre. Tuzzu disait que c'étaient des gens qui vivaient sur les bateaux et allaient sur la mer ... mais qu'est-ce que c'était que la mer ? »

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